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lundi 17 avril 2017

Enquête sur les catholiques : "les festifs culturels"

Dans l'enquête "Qui sont vraiment les catholiques" (lien), voici le sixième et dernier profil, "les festifs culturels".
Sur la-croix.com


Pour eux, Jésus est : le fondateur de leur religion.

Être catholique, c’est : être baptisé.

Leur spiritualité : la religion est de l’ordre du patrimoine commun, elle est un élément important de leur identité. Elle est essentiellement là pour rassurer, pour apporter une protection à leur famille.

Leur pratique : ils vont à l’église pour les rites de passage, les fêtes de famille – mariages, baptêmes, enterrements. Ils demandent des rites à l’Église mais peuvent les vivre avec une certaine distance. Ils allument un cierge, donnent à des associations caritatives… Ils sont attachés à l’aspect culturel, au folklore et aux traditions (les crèches, le clocher…). Ils apprécient assez la messe en latin.

Leur lieu : la paroisse, mais souvent ils décrochent de la pratique avec les regroupements paroissiaux. Ils sont faiblement engagés, mais on peut les trouver dans la catéchèse.

Leur sociologie : ce sont ceux qu’on appelait les « non-pratiquants ». Ils représentent la plus grande masse des catholiques engagés. Ils sont de milieu populaire, mais pas uniquement.

Leurs figures de référence : une marraine, une grand-mère…

Leur vote : orienté à droite ; c’est le groupe qui a le plus fort électorat FN, même s’il reste minoritaire (22 %, correspondant à la moyenne nationale).
Très peu favorables à « La manif pour tous », ils ont un taux élevé de défiance à l’égard du pape dont ils n’acceptent pas les prises de position sur les migrants. À leur égard, ils sont très hostiles.


Quand le diacre qui les préparait au baptême de leurs enfants leur a demandé pourquoi elle et son mari n’étaient pas mariés religieusement, Sabine l’a reconnu : elle aurait bien aimé se marier à l’église, « avec la robe blanche », mais ils avaient déjà leurs deux garçons, quand elle et son mari sont passés à la mairie.
Peu importe, « l’essentiel », pour cette chaleureuse responsable d’une boutique de prêt-à-porter à Cholet, était que ses enfants soient baptisés : « C’était quelque chose de fort pour moi. Je sais qu’au-dessus de moi, il y a quelqu’un qui va les protéger. C’est ma conception de l’Église. Ceux que j’ai aimés et qui sont morts aussi vont les protéger. Parfois dans les épreuves, je leur dis : protégez-moi. »
Sabine ne va à l’église que pour les baptêmes et les enterrements, mais elle se dit heureuse d’être marraine plusieurs fois. Son lien à l’Église et à ses racines catholiques, elle le doit à sa grand-mère, morte il y a un peu plus d’un an, et à laquelle elle était très attachée : « Quand on partait en voyage, elle nous disait qu’elle allait prier pour nous. Ça a beaucoup compté pour moi et je fais comme elle. Ce ne sont pas vraiment des prières mais plutôt des pensées, ça me rassure. »
Souvent, il lui arrive d’aller déposer un cierge à la chapelle de Haute-Foy, dans la campagne de son enfance. Elle et son mari ne manquent jamais une occasion de s’arrêter pour visiter les églises quand ils voyagent – « les clochers sont le symbole de notre religion ! » – mais aussi les autres lieux de culte. « En vacances au Maroc, raconte-t-elle, nous avons pris un guide pour nous présenter la mosquée et nous aider à mieux comprendre l’islam. Nous avons des amis musulmans mais nous voulons mieux comprendre. »

Céline Hoyeau



lundi 10 avril 2017

Enquête sur les catholiques : "les saisonniers fraternels"

Dans l'enquête "Qui sont vraiment les catholiques" (lien), voici le cinquième profil, "les saisonniers fraternels".
Sur la-croix.com



Pour eux, Jésus est : l’exemple de l’amour vécu ; ils sont moins attachés à sa personne qu’aux valeurs qu’il incarne (la générosité, l’accueil, l’ouverture aux autres).

Être catholique, c’est : être baptisé, vivre le partage.

Leur spiritualité : leur foi ne trouve pas forcément ses mots mais se manifeste dans des engagements solidaires et dans la convivialité des fêtes vécues en famille. Ils apprécient les belles célébrations et portent le désir de transmettre à leurs enfants l’héritage religieux reçu dans leur enfance.

Leur pratique : marquée par le rythme saisonnier; ils vont à la messe pour Noël, Pâques, la Toussaint… La dévotion qui leur est la plus familière est le don d’argent à des organisations caritatives.

Leur lieu : la paroisse. Comme les festifs culturels, ils sont peu engagés, mais on peut les trouver dans la catéchèse.

Leur sociologie : hétérogène. On a peu d’informations sur eux, notamment sur leur âge, mais on peut faire l’hypothèse que ce sont d’anciens conciliaires ou les enfants de ces derniers qui vont moins souvent à la messe.
Leurs figures de référence : l’abbé Pierre, Sœur Emmanuelle… Ils sont très majoritairement favorables au pape François, devant les inspirés et les observants.
Leur vote : orientés vers la gauche et le centre droit. Ce sont les plus hostiles au FN et à « La manif pour tous ».
À une immense majorité, ils sont pour un accueil inconditionnel des migrants.


Issu d’une famille de huit enfants, fils de parents très pratiquants – un « exemple de vie » pour lui –, Bruno de Boisgelin a longtemps fréquenté l’église de son village avec assiduité. Jeune homme, il a même intégré pendant deux ans le grand séminaire d’Avignon. « Puis j’ai pris beaucoup de recul sur la religion en général, et sur l’Église en tant qu’institution en particulier », affirme cet ancien directeur de cabinet de la mairie socialiste de Bourg-lès-Valence (Drôme) aujourd’hui retraité.
Mais sa vie ne s’est pas pour autant déroulée à l’écart du christianisme. « Ce qui m’a toujours guidé, ce sont les Évangiles, déclare-t-il, car ils sont porteurs de deux valeurs fondamentales : l’amour et la liberté. » Ainsi, s’il ne se rend pas chaque semaine à la messe dominicale, Bruno de Boisgelin cultive cet attrait et se rend volontiers à l’église pour les grandes fêtes, qui sont autant d’occasions de retrouver sa grande famille, notamment ses trois filles. « Quand je vais à la messe, c’est avant tout pour vivre des temps de partage avec des gens que j’aime », décrit-il, mettant en avant l’importance de la prière « comme un temps personnel de ressourcement ».
Désireux de mettre en pratique les valeurs auxquelles il croit, au premier rang desquelles la fraternité, Bruno de Boisgelin a été engagé en politique pendant de nombreuses années. Encarté au Parti socialiste, cet humaniste, admiratif de l’abbé Pierre et du pape François, a aussi été très investi dans le tissu associatif de la Drôme. Pour lui, l’accueil des migrants doit être inconditionnel : « J’aurais aimé que les chrétiens descendent aussi nombreux dans la rue pour demander des conditions dignes pour les réfugiés et contre les inégalités que pour “La manif pour tous”… »

Marie Malzac




lundi 3 avril 2017

Enquête sur les catholiques : "les inspirés"

Dans l'enquête "Qui sont vraiment les catholiques" (lien), voici le quatrième profil, "les inspirés".
Sur la-croix.com


Pour eux, Jésus est : une personne rencontrée lors d’une expérience de conversion, avec qui ils entretiennent une relation personnelle, un dialogue quasi continu.

Être catholique, c’est : se convertir toujours plus intégralement, faire entrer ­Jésus dans tous les aspects de sa vie. Leur foi est une histoire d’amour, un chemin vers le bonheur.

Leur spiritualité : pour eux, la foi se transmet par le témoignage. Ils accordent une grande importance à la liturgie, attendant de la messe qu’elle soit communautaire, vivante et recueillie. Comme les observants, dont ils sont proches, ils apprécient la messe en latin.

Leur pratique : messe, en particulier dans les rassemblements ; pèlerinage, chapelet, adoration du Saint-Sacrement…

Leur lieu : la communauté charismatique (l’Emmanuel, Chemin-Neuf, Fondacio…) ou la paroisse qui lui a été confiée, le groupe de prière… Ils attendent de l’Église un visage spirituel.

Leur sociologie : ils se présentent comme des convertis alors qu’ils ont souvent grandi dans une famille catholique. Mais ils ont réinvesti leur vie de foi, jugée formaliste ou superficielle avant leur « rencontre avec Jésus ». On trouve parmi eux tous les univers sociaux et classes d’âge.

Leurs figures de référence : Tim Guénard, Jean Vanier, Daniel-Ange, P. René-Luc…

Leur vote : orienté majoritairement à droite voire vers le FN.
Pour un quart proches de « La manif pour tous », ils sont majoritairement frileux à l’égard des migrants mais favorables au pape François.


Anne-Lise Rouyer, 34 ans, professeur d’arts plastiques à Toulouse

Dernière de six enfants, elle a grandi dans une famille catholique mais se présente comme une « convertie ». « J’avais toujours eu la foi en Dieu mais je n’avais pas encore rencontré Jésus », explique Anne-Lise Rouyer en évoquant le « cœur à cœur avec le Christ » qui a fait basculer sa vie de foi, à 19 ans, lors d’une adoration du Saint-Sacrement. À l’adolescence, après « le drame familial » de la séparation de ses parents, Anne-Lise avait cessé de pratiquer, « très déçue » d’une Église qu’elle trouvait alors « étriquée ». Sans toutefois perdre la foi. C’est par des lectures tous azimuts, y compris New Age, qu’elle découvre un jour, sans le savoir, l’oraison et reprend le chemin de l’Église, demandant à être confirmée.
Ce Jésus qu’elle a rencontré, Anne-Lise ne va « plus le lâcher ». Elle s’engage pendant sept ans aux Semeurs d’espérance, une association qui anime des veillées d’adoration et des maraudes auprès des sans-abri à Paris. Là, elle apprend à connaître ceux qui vont devenir pour elle des modèles : Daniel-Ange, Sœur Emmanuelle, le P. Ceyrac, Jean Vanier, Stan Rougier… Autant de témoins qui incarnent l’Église dont elle rêve : « Des amoureux de Jésus, avec le cœur brûlant et cette audace d’aller jusqu’au bout, dans le don d’eux-mêmes. » Jeune maman, elle regrette de n’avoir plus autant de temps pour aller à la messe en semaine ou devant le Saint-Sacrement, mais cherche à « donner le plus d’amour possible, de l’espérance et le goût du ciel ». Soucieux d’une cohérence de vie, elle et son mari ont choisi de s’installer non loin d’une fraternité Lazare, à Toulouse, où cohabitent jeunes professionnels et anciens sans-abri. À Noël, ils étaient à Saint-Girons, en Ariège, pour animer avec la paroisse une mission d’évangélisation.


Céline Hoyeau

lundi 27 mars 2017

Enquête sur les catholiques : "les conciliaires"

Dans l'enquête "Qui sont vraiment les catholiques" (lien), voici le troisième profil, "les conciliaires".
Sur la-croix.com


Pour eux, Jésus est : celui qui témoigne de la miséricorde de Dieu en brisant les frontières de l’exclusion.

Être catholique, c’est : rompre avec la logique exclus /ayants droit ; la transcendance se découvre, pour eux, dans la communion avec tous les hommes.

Leur spiritualité : rappeler à tous les hommes leur commune dignité d’enfants de Dieu (avec une méfiance à l’égard d’une « Église des purs »). S’ils avaient à choisir un passage de l’Évangile, ce serait le pardon à la femme adultère, la rencontre avec la Samaritaine ou avec Zachée. Ils sont hostiles à la messe en latin.

Leur pratique : messe, pèlerinage (à Lourdes plus qu’à Paray-le-Monial), chapelet… Ils figurent, avec les observants, parmi les plus zélés.

Leur lieu : la paroisse ; les structures diocésaines dans lesquelles ils sont omniprésents ; les mouvements comme le ­Secours catholique… Ils sont engagés dans tous les domaines, du caritatif à la défense de la famille.

Leur sociologie : ce groupe est assez hétérogène.

Leurs figures de référence : Sœur Emmanuelle, l’abbé Pierre, Guy Gilbert, le jésuite Joseph Moingt…

Leur vote : ce sont ceux qui se positionnent le plus à gauche (plus d’un tiers), mais on les trouve aussi au centre droit et à droite. Ils sont majoritairement opposés au Front national.
Ce sont les plus fervents admirateurs du pape François. Ils sont assez proches de « La manif pour tous » et majoritairement favorables à l’accueil des migrants.


Engagé, Hervé Dagommer l’est sans aucun doute. Marié « avec une sainte », père de quatre enfants – dont un seul pratique – et grand-père de dix petits enfants, il a toujours pris des responsabilités dans sa paroisse. Tout en travaillant comme associé dans une société informatique, il a géré pendant vingt ans la préparation des baptêmes dans sa paroisse de Rueil (Hauts-de-Seine). Depuis sa retraite, le rythme n’a fait qu’accélérer : économe de la paroisse, il fait partie aussi de la chorale et de l’équipe d’accompagnement des familles en deuil. Pour mieux « transmettre la foi de l’Église », qui est aussi la sienne, Hervé Dagommer, qui « pèlerine peu », a « du mal à prier » mais se rend à la messe « au moins deux ou trois fois par semaine », a suivi pendant sept ans et avec succès le cycle C de l’Institut catholique de Paris pour se former en théologie. « Parce qu’ils sont dans l’épreuve, les gens que je rencontre en préparant les funérailles sont à l’écoute. Implicitement, ils me demandent à quoi je crois ». Avec eux, Hervé Dagommer aime revenir à l’essentiel : non pas seulement « un humanisme vague » mais cette foi en Dieu qui lui donne « une espérance ».
Lui qui n’a jamais voté à gauche mais plutôt au « centre droit », était de la première « manif pour tous », mais a considéré ensuite que « l’Église se trompait de combat ». Il estime que le pape François, lui, a « vraiment compris les enjeux actuels » pour l’Église : ne pas se concevoir comme une « Église de purs » – une tendance qu’il décèle chez les quadragénaires de sa paroisse – mais sortir « pour annoncer la bonne nouvelle ». Et rappeler à la société son rôle d’accueil. À la fin des années 1970, il a rénové une maison pour des boat people vietnamiens. L’an dernier, il a eu « honte » que la France n’ait pas accueilli plus de réfugiés.

Anne-Bénédicte Hoffner






lundi 20 mars 2017

Enquête sur les catholiques : "les observants"

Dans l'enquête "Qui sont vraiment les catholiques" (lien), voici le second profil, "les observants".
Sur la-croix.com


Pour eux, Jésus est : le fils de Dieu, mort sur la croix pour le salut des hommes.

Être catholique, c’est : rechercher la sainteté afin d’être digne de ce salut.

Leur spiritualité : pour eux, l’accès à Dieu suppose une certaine ascèse et une mise à distance du monde. Ils sont attachés à la beauté de la liturgie et à la messe en latin.

Leur pratique : messe (ce sont eux qui y assistent le plus), pèlerinage, chapelet, adoration du Saint-Sacrement…

Leur lieu : la paroisse, choisie en raison de leurs affinités.

Leur sociologie : le noyau dur appartient à une bourgeoisie de style de vie (et non de niveau de vie) : prière en famille, scolarité privée, scoutisme (Europe, SUF)… Ils ont souvent été en contact avec des communautés nouvelles (soit traditionalistes, comme la Fraternité Saint-Pierre, soit néoclassiques, telles les communautés Saint-Jean ou Saint-Martin, soit charismatiques). Ils se pensent comme une minorité investie de valeurs universelles, y compris au sein de l’Église dont ils dénoncent les dérives des années 1970, sans pour autant être hostiles au concile Vatican II… Ils se donnent pour mission de restaurer la vérité du catholicisme.

Leurs figures de référence : Fabrice Hadjadj, François-Xavier Bellamy, Jean-Paul II, Benoît XVI…

Leur vote : surtout à droite.
Très proches de « La manif pour tous » (seul groupe où la mobilisation a été majoritaire) et « pro-life », ils se sentent porteurs du modèle de la famille catholique. Ils sont une majorité à se défier des migrants (et de l’islam dans une moindre mesure) et critiquent beaucoup le pape François.


Être désigné comme un catholique observant, Henri de Fraguier l’accepte bien volontiers. Et pour cause : élevé dans l’Ouest parisien, passé par toutes les étapes du scoutisme, de louveteau à chef de troupe (chez les Scouts Europe), cet aîné d’une famille catholique va à la messe tous les dimanches (en français, mais il apprécie aussi le latin), parfois en semaine quand il a du temps. Très marqué par Benoît XVI, il a participé aux JMJ de Madrid en 2011, et organisé la logistique de son groupe à Cracovie, l’été dernier.
Pour lui, la foi, c’est « croire en un Dieu qui nous a créés pour être en relation avec lui, chercher à vivre cette relation et tendre vers la sainteté ». C’est ce qu’il explique aux élèves de seconde à qui il donne un cours de caté chaque semaine dans le 18e arrondissement à Paris, un engagement proposé par le parcours Even qu’il a suivi pendant quatre ans pour consolider sa propre foi. « Ceux qui suivent mes cours ne sont pas forcément cathos. Ces jeunes se posent plein de questions auxquelles les médias et l’école ne répondent pas », confie-t-il, heureux de se confronter à cette réalité bien différente du milieu dans lequel il évolue traditionnellement.
Attaché à la protection de la vie « de ses débuts à sa fin », ainsi qu’aux valeurs familiales, Henri s’est engagé dans « La manif pour tous » dès 2013 et, depuis, en recrute les volontaires. Passionné par les questions politiques, l’étudiant en master 2 d’affaires publiques est sensible à la question de l’identité et au respect des valeurs chrétiennes, cite le pape François lorsqu’il invite à une certaine prudence dans l’accueil des migrants et ne cache pas une sensibilité politique de droite.

Céline Hoyeau









lundi 13 mars 2017

Enquête sur les catholiques : "les émancipés"

Dans l'enquête présentée lors de notre précédent article "Qui sont vraiment les catholiques", ceux-ci sont regroupés en six profils typiques. Aujourd’hui nous vous présentons le premier profil, "les émancipés".
Sur la-croix.com



Pour eux, Jésus est : celui qui libère l’homme de ce qui lui fait perdre sa dignité, qui invite les hommes à assumer leur liberté dans le service du prochain.

Être catholique, c’est : être pleinement responsable de sa vie, conscient des conséquences collectives de ses actes.

Leur spiritualité : passe avant tout par un engagement dans les luttes sociales et politiques contre les injustices.

Leur pratique : une lecture personnelle de l’Évangile ou des temps de partage biblique ; des retraites à Taizé… Ils ont peu de goût pour la messe dominicale qu’ils jugent déconnectée de la culture contemporaine. Comme les conciliaires, ils rejettent massivement la messe en latin.

Leur lieu : forte propension à des engagements non religieux, dans des associations humanitaires ou de défense de l’environnement. On les trouve aussi dans les mouvements d’Action catholique, chez les Scouts et Guides de France, au CCFD, au Secours catholique…

Leur sociologie : communément appelés « cathos de gauche », ils regrettent que l’Église se confonde trop souvent avec une classe bourgeoise et se focalise sur la morale sexuelle. On trouve toutes les classes d’âge dans ce groupe.

Leurs figures de référence : Guy Aurenche, François Soulage, Pierre Rabhi…

Leur vote : centre droit ou PS.
Ils se défient du pape François qu’ils trouvent trop timoré dans ses réformes. Ils se démarquent de « La manif pour tous ». Curieusement, ce sont aussi les plus hostiles aux migrants, les assimilant sans doute aux musulmans qui, à leurs yeux, menacent l’émancipation des femmes et la liberté des homosexuels.


« Pour moi, la vocation du chrétien n’est pas de passer une heure par semaine dans une église. » Pourtant, François Mandil a tout à fait le sentiment d’être un catholique pratiquant. Mais autrement. « Je vis des expériences de transcendance bien plus fortes avec les pieds dans l’herbe et en regardant le ciel étoilé », résume cet amoureux du scoutisme et de la nature.
Délégué national à la communication des Scouts et Guides de France, ancien militant écologiste adepte des actions coups-de-poing pas toujours légales, il le dit sans ambiguïté : « Le premier moteur de tous mes engagements, c’est que je suis catho. » Il raconte volontiers ses deux jours de retraite chez des clarisses avant son premier fauchage d’OGM.
Incapable de prier dans une «célébration classique », « très mal à l’aise lorsque des gens se mettent à genoux », François Mandil en convient : « C’est une question de sensibilité personnelle. Je ne veux pas faire de procès car j’ai trop souffert moi-même d’être traité de mauvais catholique », assure-t-il, allusion au « mariage pour tous », auquel il était favorable. Cet altermondialiste résolu se trouve même des points communs avec les cathos décroissants de la revue Limite, pourtant conservateurs sur les sujets de société.
Pour autant, celui qui relit régulièrement le Sermon sur la montagne continue de préférer vivre sa foi en dehors des chemins balisés. « J’ai davantage eu le sentiment de rencontrer le Christ dans des cercles de silence (groupes de soutien aux sans-papiers, NDLR) que dans une messe dominicale dont je cherche parfois le sens. »

Gauthier Vaillant













lundi 6 mars 2017

Enquête : qui sont vraiment les catholiques?

Le quotidien "La Croix" nous autorise à reprendre un article paru dans son édition du 12 janvier 2017 et commentant les résultats d'une enquête sociologique sur les catholiques. Il devrait pouvoir alimenter la réflexion de nos équipes. Nous le publions en plusieurs étapes.

Une vaste étude sociologique commandée par le groupe Bayard et publiée conjointement par La Croix et Pèlerin, présente sous un jour inédit la composition du catholicisme français. Les deux auteurs ont distingué six profils types, qui sont autant d’outils pour essayer de comprendre les logiques à l’œuvre dans un monde catholique plus divers qu’il n’y paraît.

Que représentent les catholiques en France ? Les 5 % de la population qui, selon les sondages, vont à la messe régulièrement, ou les 53 % qui se disent catholiques ? C’est un autre nombre que fait apparaître la vaste enquête confiée par le groupe Bayard à l’institut de sondage ­Ipsos sous la houlette de deux sociologues, Philippe Cibois et Yann Raison du Cleuziou : la France compte 23 % de catholiques « engagés », c’est-à-dire qui se sentent rattachés à la vie de l’Église par leurs dons, leur vie familiale, leurs engagements.

L’étude sort ainsi de la distinction habituelle entre pratiquants et non-pratiquants et intègre ceux qui n’assistent pas à la messe régulièrement « mais qui se considèrent quand même comme catholiques parce qu’ils vivent leur foi autrement », notent les auteurs. Cette étude donne ainsi, pour la première fois, une idée de l’influence réelle de l’Église dans la société, et propose une approche nouvelle du sujet, en définissant six « familles » de catholiques (voir p. 3 à 5). Elle permet aussi de sortir d’une vision schématique selon laquelle des catholiques « identitaires », votant Fillon et défendant les crèches, s’opposent à des « cathos de gauche » ouverts mais vieillissants.

Pour mieux rendre compte d’une réalité bien plus complexe et nuancée, Yann Raison du Cleuziou et Philippe Cibois ne font pas disparaître le critère de la pratique religieuse, mais ils l’enrichissent considérablement. Depuis les années 1930, les catholiques sont repérés, classifiés, étudiés en fonction de leur participation ou non à la messe dominicale. Aujourd’hui, ce critère ne suffit plus à rendre compte du rapport des Français à l’Église. C’est d’ailleurs l’un des grands enseignements de l’enquête, que Yann Raison du Cleuziou résume ainsi : « Le catholicisme français est devenu une réalité festive. » Autrement dit, la pratique de l’immense majorité des catholiques français se limite aux événements de la vie (baptême, mariages, décès) et aux grandes fêtes. Quant aux pratiquants hebdomadaires, ils représentent… 1,8 % de la population française.

Trois « familles » se distinguent par leur assiduité à la messe dominicale : les « conciliaires », les « observants » et les « inspirés ». Trois catégories, qui ont aussi en commun la multiplicité de leurs activités religieuses : prier le chapelet, faire des pèlerinages, soutenir des associations, lire la presse confessionnelle… « Plus un catholique va à la messe, plus il multiplie les engagements », affirme Yann Raison du Cleuziou. Toutefois, tous privilégient des dévotions individuelles (prier chez soi, allumer un cierge dans une église…), relève le sociologue. Quant aux catholiques peu pratiquants, il souligne également, brisant une autre idée très répandue dans les paroisses, qu’« ils ne sont pas demandeurs de participer davantage », notamment à la messe.

L’enquête Ipsos dessine ainsi un monde catholique en forme de pyramide : à la base, une immense majorité de faibles pratiquants ; au sommet, une fine pointe de pratiquants « zélés » et multi-engagés. Mais ces derniers, si minoritaires soient-ils, ne sont pas homogènes. Ce qui les distingue ? Une forme de hiérarchie des valeurs, qui sépare ceux qui se situent du côté de « l’hospitalité » et ceux qui donnent la priorité à la « sécurité ». La question de l’accueil des migrants est au centre de cette distinction : les premiers y sont généralement favorables, et sont souvent des admirateurs du pape François ; les seconds défendent plutôt le catholicisme comme élément constitutif d’une identité, et perçoivent parfois, de ce point de vue, les migrants comme une menace. La question du vote reste très nuancée dans toutes les catégories, même si on observe des dominantes attendues (les « conciliaires» et les « saisonniers fraternels » votent plus souvent à gauche ou au centre droit ; les « observants » et les « inspirés » à droite).

De manière générale, les clés de compréhension qu’offre cette typologie des six familles de catholiques engagés mettent en évidence la très grande diversité des opinions et des pratiques des catholiques français, et invitent à la prudence face à la tentation de les considérer comme un groupe homogène. Ainsi de « La manif pour tous », dont certains ont pu penser qu’elle avait rassemblé la majorité des catholiques français. L’étude montre au contraire que seuls 6 % d’entre eux ont participé aux grandes manifestations contre le mariage homosexuel, quand 73 % n’ont pas souhaité y prendre part.

Anne-Bénédicte Hoffner et Gauthier Vaillant


Repères : la méthodologie de l’enquête


Pour réaliser l’enquête « chrétiens engagés », l’institut Ipsos a extrait d’un échantillon représentatif de la population métropolitaine âgée de 18 ans et plus de 28 204 personnes, une sous-population de 15 174 personnes se désignant comme catholiques (pratiquantes ou non). Elles représentent 53,8 % de la population. Ce groupe se subdivise en fonction du rapport à la pratique de la messe.
Parmi eux, il a pu être constitué un nouvel échantillon (1 007 enquêtés) représentatif des catholiques considérés comme des « catholiques engagés », c’est-à-dire : les catholiques pratiquants (hebdomadaire, quelques fois par mois, grands rassemblements, grandes fêtes religieuses), qu’ils se déclarent « engagés » ou non ; les catholiques non-pratiquants qui se déclarent « engagés ».
L’enquête a été réalisée en juin 2016 par la méthode des quotas. La marge d’erreur pour un pourcentage donné dépend de la taille du sous-échantillon traité. Pour une population de 1 000 la marge d’erreur est environ de 3 % : elle peut être de 5 % pour une population de 500 et de 7 % pour une population de 200.





jeudi 16 février 2017

La vie a-t-elle un sens?

Extrait d'une interview d'Hubert Reeves, astrophysicien, dans Le Monde du 28 décembre 2016 pour le dossier "Voyage dans le cosmos"

LM: Pouvez-vous dire ce qui attire tant le public vers l'astronomie, l'astrophysique, la cosmologie?

HR: Deux éléments ont joué un rôle important dans la popularité de ces sujets. Le premier est la conquête spatiale...
Le second élément est plus philosophique et je le ressens davantage au Canada et au Portugal : c'est lié à l'évolution d'une société qui a été monolithique dans sa croyance religieuse -comme c'était le cas dans la Québec de mon enfance- et qui voit disparaître tout à coup ses repères traditionnels. Elle se sent un peu perdue, elle cherche quelque chose pour combler le vide spirituel dans lequel la laisse l'effacement de la religion. Avec la perte de la croyance, les réponses ont disparu, mais les questions sont toujours là et elles se reportent -à tort ou à raison, je ne sais pas...- sur l'astronomie, le cosmos, qui évoquent ce qui est au-delà de nous, ce qui est plus grand que nous. Il s'agit de questions existentielles : "la vie a-t-elle un sens?", "qu'est-ce qu je fais ici?", "est-ce qu'il y a un ordre?".

Un bon sujet à travailler en équipe CMR? Qu'en pensez-vous?

jeudi 8 décembre 2016

Saint Eloi 2016. Une crise du sens de l'homme...

Suite au constat réalisé par le groupe de préparation de la St Eloi relaté dans l'article précédent, Joël propose aux célébrants un support pour l'homélie.

Pistes pour l'homélie de la St Eloi

Si vous le pouvez, le mieux est de vivre un partage avec les agriculteurs de votre paroisse où ils expriment ce qu’ils vivent actuellement et où on cherche ensemble la manière dont la Parole de Dieu peut éclairer leur vie)

* (Accroche pour commencer l'homélie) : « Régulièrement on me fait remarquer ironiquement qu'il y a de moins en moins de gens qui usent les pavés des églises,... ce qui n'est pas vrai en ce jour de Saint Eloi. A cela, je réponds aussi régulièrement que ce qui m'inquiète et inquiète sûrement le Seigneur, ce n'est pas l'usure des pavés, c'est ce que devient notre humanité, notre société. » Dans une société gagnée par le pessimisme, la Parole de Dieu peut éclairer les raisons de nos difficultés et proposer des orientations.

* En effet derrière les difficultés économiques, politiques, sociales qui marquent l'agriculture mais aussi bien d'autres domaines, c'est une crise du sens de l'homme qui se joue. Deux conceptions en effet s'affrontent. Il y a une conception individualiste où la société est une juxtaposition d'individus qui défendent chacun ses intérêts et il y a une conception relationnelle où l'homme ne peut s'épanouir qu'au sein d'une communauté humaine solidaire. La question nous est alors posée : quelle conception nous habite ?

* Lors d'une émission télévisée présentant des personnes ayant réussi économiquement, il était demandé à l'un d'eux ce qui le motivait à être riche ; il avait répondu : « Comme cela, je n'ai besoin de personne ». Il avait oublié qu'il avait eu besoin de quelqu'un pour naître mais cela n'est pas étonnant car l'individualisme impacte autant la famille que la vie économique.  Il oubliait aussi que de multiples manières nous sommes inter-dépendants ; le fait de payer ne supprime pas la reconnaissance à avoir pour ce que l'autre nous apporte.

* Le chacun pour soi défait peu à peu le lien social et rend difficile la vie ensemble. Un sentiment dominant tend à s'installer qui est celui d'une perte de confiance, perte de confiance envers le monde politique, perte de confiance envers les médias... la méfiance s'installe et domine les relations. Le dénigrement des autres catégories sociales semble être un sport prisé. L'autre qui vient vers moi, surtout s'il est différent, m’apparaît dans cet esprit comme quelqu'un d'intéressé, peut-être un concurrent et quelquefois comme une menace. Plus rarement comme offrant une collaboration possible.

* L’intérêt général est autre chose que l’addition d’intérêts particuliers. Mais comment le faire comprendre dans la sphère économique ? Comment dépasser l’immédiateté ?

* Cela peut-il durer ? Au nom de notre foi chrétienne qui nous invite à nous aimer les uns les autres, nous sommes porteurs d'une autre conception de l'homme. En effet l'approche individualiste et utilitaire est nocive pour notre humanité. L'homme est d'abord un être qui a besoin de relation. Le lien à l'autre fait partie de sa nature et il est nécessaire à son épanouissement. La vie ensemble est un point de départ et elle est aussi un objectif essentiel : établir une vraie fraternité entre tous. Il s'agit de construire ensemble le bien de tous. Le salut que le Christ est venu apporter à l'humanité est d'abord, et avant tout, une réconciliation, une communion.

* Heureux ceux qui s'investissent -et il y en a- dans la vie professionnelle, associative, civique pour créer du lien, imaginer et construire avec d'autres. Heureux ceux qui le font avec patience et persévérance malgré les difficultés. Le bonheur se construit avec les autres et non pas au détriment des autres.


* C'est notre dignité de nous sentir responsables non seulement de nous-mêmes mais aussi de ceux qui vivent avec nous sur cette terre. Souvent il y a déjà un intérêt économique à travailler ensemble mais c'est plus profondément une question d'humanité que d'être engagé dans des liens amicaux et cordiaux. Les relations nous enrichissent intérieurement et l'être est plus important que l'avoir. Nous connaissons le slogan : « nous avons plus besoin de voisins que d'hectares ». Est-ce qu'il n'y a pas trop peu de gens à y croire ?

* Certains pourraient dire qu'une telle conception dans le monde actuel n'est pas réaliste mais laisser notre société  se déliter dans un libéralisme sans frein, est-ce réaliste ? Un jour ou l'autre, il faut payer la facture.

* En cette fête de Saint Eloi, nous nous rappelons que c'est donc au travers de notre vie de travail et de loisirs que nous avons à œuvrer pour une communion entre tous : mettre en relation en considérant a priori que les différences peuvent être sources de richesse, prendre le temps du dialogue gratuit, aimer construire avec d'autres des projets qui sont des progrès humains. Mais aussi quelquefois aider à se comprendre, à dépasser des conflits, travailler à des réconciliations. C'est une grâce à demander à Dieu car trop souvent les tendances individualistes sont plus puissantes que les tendances à la fraternité et à la communion.

vendredi 2 décembre 2016

Saint Eloi 2016. La diversité en agriculture

Comme chaque année, Joël a préparé avec un petit groupe d'agriculteurs la fête de la Saint Eloi très prisée dans le diocèse.


Quelques remarques sur la situation actuelle en agriculture.

L'an dernier, le sujet du regard sur la situation actuelle a porté sur la ruralité (lien). Il est  toujours possible de s'y référer. On peut ajouter que les questions autour des réformes des intercommunalités n'ont pas perdu de leur acuité.
Pour l'agriculture, l’événement le plus remarqué a été l'impact des aléas climatiques sur les productions végétales et notamment les pertes importantes de rendement pour ces productions. Cependant les situations sont contrastées selon les exploitations et les productions de betteraves et de pommes de terre  peuvent adoucir les pertes liées aux rendements céréaliers.



Ce qui reste le plus préoccupant sur le moyen terme est la stagnation des prix ainsi que leur volatilité non-maîtrisée. En effet ces mauvaises moissons ne sont que très locales, dans une partie de l’Europe. La récolte mondiale de céréales est plutôt en hausse, et les cours relativement bas. La qualité médiocre est donc d’autant plus pénalisée, décotée. Pour les productions animales, lait et viande (mis à part en ce moment le porc) sont toujours en grande difficulté soumis à la pression de la grande distribution commerciale.

Dans tout cela, ce à quoi il faut sans doute être le plus attentif, ce sont les agriculteurs en difficulté ; certains vont devoir mettre la clé sous la porte, ce qui est toujours un drame. Il ne faut pas oublier non plus le faible revenu que procure à certains leur travail.
Un sentiment très répandu chez les agriculteurs est que le gouvernement français comme la commission européenne n'ont plus vraiment  de politique agricole, ce qui les fragilise dans la compétition mondiale. Compétition mondiale où nous ne devons pas oublier que, si nous avons de rudes concurrents, nous ne sommes pas non plus les plus mal placés et que certains pays qui en ont un besoins crucial voient leur agriculture malmenée parce qu'ils n'ont pas les moyens techniques et financiers nécessaires.

Dans beaucoup de  régions françaises comme la nôtre, le ratio installations/départs en retraite reste très mauvais. Tout le monde reconnaît ce dommage mais les moyens ne sont guère mis en place pour y remédier.
Face aux difficultés, certains gardent confiance dans les grandes coopératives ou recherchent  une capacité à faire face par des formes de  coopération  comme les CUMA intégrales.(Coop d’utilisation de matériel qui nécessite concertations en réseau de proximité, prises de décisions et investissements en commun, et aussi coordination au quotidien pour organiser le travail, les chantiers).

Le souci de la protection de l'environnement est maintenant largement répandu chez les agriculteurs et en particulier les plus jeunes mais le désaccord subsiste quant aux nouvelles contraintes extérieures qui s'imposent régulièrement à eux.  Ils vivent mal aussi la pression des médias.

Le bio a maintenant également pris place dans le paysage agricole et figure parmi les options possibles ; un accompagnement est assuré par des organismes agricoles. Cependant l'adéquation entre le désir de bio, la demande réelle et l'offre demande encore à se réaliser.

L'informatique n'a pas pénétré que les bureaux mais aussi les machines, les élevages.  La façon de travailler est révolutionnée et continuera de l'être. Le coût et les aléas de la nature peuvent cependant gêner cette automatisation . Le risque peut être aussi pour l'agriculteur la dépossession des données de son exploitation au profit des firmes.
L'investissement dans la recherche des utilisations non alimentaires, en particulier des carburants se poursuit  et progresse ; notre région est en pointe avec Bazancourt.


Ce qui est frappant, c'est la diversité actuelle qui s'installe entre  agriculteurs. Cette diversité peut venir du mode d'agencement entre foncier, moyens d'exploitation, conduite de l'exploitation et réalisation des travaux. Elle peut aussi venir des essais concernant les modes de travail du sol, les productions choisies, la conduite de ces productions et leurs  modes de commercialisation. Il y a là toute une recherche qui est soutenue par des projets comme celui de la ferme 112. On pourrait dire autant d'agriculteurs, autant de projets.

mardi 9 février 2016

Comment sortir de la crise agricole?

Dans la page "débats" de son numéro daté du mardi 9 février, le quotidien Le Monde donne la parole sur ce thème à deux personnalités. 
En guise d’aperçu, voici les titres et chapô de ces deux articles.

Vive la production artisanale! par Marc Dufumier


L'exportation de produits bas de gamme subventionnés ne rapporte plus rien. Seule la production de denrées à haute valeur sanitaire, gustative et environnementale pourrait être rentable pour les agriculteurs et bénéfique pour les consommateurs.


Marc Dufumier est professeur honoraire à AgroParisTech.



Il faut un plan de sauvetage national pour nos paysans par Sylvie Brunel

La colère des agriculteurs est légitime et dangereuse. La profession doit être déclarée d'utilité publique, tant la France en a besoin


Sylvie Brunel est géographe, écrivain et professeur à Paris-Sorbonne


Un sujet à aborder en équipe CMR?


mardi 1 décembre 2015

St Eloi 2015 "Faire vivre le monde rural aujourd'hui"

Suite au constat réalisé par le groupe de préparation de la St Eloi (cf. article précédent),

Joël propose quelques éléments pour une homélie (ou une prière universelle ou pour une réflexion personnelle…)


En quoi un tel projet entre-t-il dans la mission de l’Église ?
Touche-t-il au message évangélique ?

Oui ! cela touche l'annonce de l'Evangile dans la mesure où s'y joue le bien-être des personnes et leur possibilité d'épanouissement. Dans la mesure aussi où se construit l'harmonie de la société dans son occupation de l'espace. Nous avons là une responsabilité commune pour construire et préserver le Bien Commun de toute la société et de ceux qui la composent. Nous sommes invités à construire une communauté humaine où chacun puisse grandir et s'épanouir. Dans ce sens le devenir de nos villages pour ceux qui les habitent est un enjeu et ce qu'apporte le rural dans sa diversité peut aussi contribuer à l'équilibre de la société.

Le rural dispose de possibilités qui peuvent permettre de vivre des valeurs qui sont importantes pour un épanouissement humain.

 - Il s'agit d'un rapport aux paysages et à la nature, d'une relation de proximité avec la vie végétale et animale, une communion avec l'environnement naturel dont nous faisons partie; notre corps nous rend solidaire des éléments naturels. L'ensemble de la Création n'est pas qu'une carrière à exploiter, elle est notre Maison commune.

 - Il y a aussi dans des communautés humaines plus petites, la possibilité de relations humaines plus conviviales alors qu'aujourd'hui beaucoup souffrent de la solitude dans un monde trop souvent anonyme et indifférent. L'être humain est un être relationnel, il a besoin de rencontrer les autres pour grandir et être épanoui.

 - Enfin il peut y avoir encore un autre rythme de vie plus lié aux rythmes naturels, un cadre de vie plus calme ou encore des richesses culturelles héritées de siècles d'histoire. Nous sommes les héritiers du travail et de la culture de nos ancêtres.

Mais il est important de prendre conscience que si tout cela est possible et source d'épanouissement, ce sont aussi des valeurs à préserver ou même à construire. Rien n'est jamais donné tout fait.

Cette fête de Saint Eloi rassemble non seulement des agriculteurs mais aussi des personnes de toutes les catégories sociales. Chacun a sa propre manière d'habiter le rural, cela se traduit par des présences au village et à la vie villageoise très diverses. Chacun a aussi ses propres attentes par rapport au cadre rural. La vie commune est donc à construire dans le respect des aspirations; la confiance n'est pas spontanément acquise; la communication et une bonne compréhension mutuelle demandent écoute et effort; des compromis patients sont à mettre en place. Une vie associative dynamique est importante pour se rencontrer; il faut aussi qu'existent ou soient conservés des lieux ou des moments dans nos villages où l'on puisse se rencontrer. (Cette St Eloi en est un exemple).

La diversité des emplois du temps et le repli sur soi rendent la construction d'une réelle communauté de village quelquefois difficile. Les responsables et les animateurs de la vie villageoise le savent : on n'est jamais assez nombreux et il faut sans cesse aller vers les autres pour rassembler.  Les pauvretés et accidents de la vie devraient toujours pouvoir trouver une solidarité active mais quelquefois, c'est plutôt la stigmatisation ou l'exclusion. Construire un village où se vivent des solidarités et un plaisir d'être ensemble est long. J'ajouterai : détruire ces solidarités est au  contraire beaucoup plus rapide.

Habiter le rural,  c'est y construire des relations mais c'est aussi pouvoir y gagner sa vie et y produire des richesses. Les possibilités d'emploi sont souvent en ville mais le rural est aussi un espace économique et une source d'emplois. Cette question de l'emploi est aujourd'hui une question cruciale pour notre pays. En agriculture comme dans les autres activités économiques le souci premier (une fois la rentabilité assurée, bien sûr)  doit être de préserver ou de créer de l'emploi. L'agriculture  s'est aujourd'hui beaucoup diversifiée, elle a créé des structures de transformation et de commercialisation : elles ont permis de maintenir des exploitations mais la préoccupation doit rester : l'emploi est-il bien toujours le premier souci ? Des projets, des innovations peuvent aussi naître : comment les porteurs sont-ils soutenus et encouragés ? Il faut sans doute articuler les grands projets et les petites réalisations. Des services nouveaux sont à imaginer et à mettre en place. En ce sens il est important que les professions et activités économiques ne restent pas cloisonnées. Le rural c'est aussi la facilité de se connaître dans la diversité des professions et des activités et aussi de se soutenir mutuellement.

Les attentes sont souvent aujourd'hui du coté de la qualité : qualité des aliments, qualité de l'environnement. Les ruraux sont bien placés pour connaître et respecter les lois de la nature, pour veiller à la qualité des paysages ; la beauté de beaucoup de  villages en est le témoin. Une prise de conscience s'opère peu à peu au-delà des polémiques ; des pratiques nouvelles se mettent en place. L'actualité  (COP 21, Encyclique Laudato Si) nous sensibilise ; cela ne doit pas créer de la culpabilité ou du blocage dans les esprits mais plutôt une prise de conscience de  notre responsabilité et des possibilités pour ouvrir un avenir durable.

Le monde rural est détenteur de multiples possibilités. Quels que soient les obstacles et ils sont nombreux,  ce sont les valeurs de confiance et d'espérance qui permettent de progresser. Il est facile de repérer l'appauvrissement du monde rural ou sa dissolution, il est également important d'en découvrir les richesses. (cf. le récit d'Emmaüs). Mais celles-ci ne peuvent être que le résultat d'une dynamique collective. Face à l'agrandissement des collectivités locales, il importe sans doute que les  responsables politiques ou autres œuvrant dans le rural se concertent et se donnent les moyens d'un développement des territoires ruraux.

Evidemment vous qui êtes là, êtes sans doute des convaincus. Puissent ces quelques mots renforcer vos convictions. Vis-à-vis de beaucoup d'autres, il y a certainement un travail  de militants à accomplir afin de mettre en avant ce qui est important pour l'équilibre de notre société.

Références
L'apparition aux disciples d'Emmaüs : Lc 24/13-34 : du défaitisme à la confiance.
Le bon Samaritain : Lc 10/29-37 : dépasser les règles pour permettre la vie
Prière pour notre terrre : les deux prières à la fin de l'encyclique « Laudato Si »
Gaudium et Spes n°31

Romains : Rm 12/1-21 : de quelques principes pour le vivre ensemble